Indonésie: l’enfer d’Ijen

Éloïse est blogueuse-invitée chez Flytrippers. Suivez-la sur Instagram et lisez sa bio au bas de cette page.


L’Indonésie, de tous les pays que j’ai visités, figure au haut de ma liste de coups de cœur, pour plusieurs raisons. Les paysages à couper le souffle, l’accueil chaleureux des gens, la richesse de leur culture… Et passionnée de volcans comme je suis, j’ai été servie sur l’île de Java.

Il y a 2 ans, j’ai passé un mois en Indonésie en voyage sac à dos avec mon copain Jérôme. J’ai exploré l’Asie du Sud-Est de long en large et je ne me tanne pas! L’envie est encore plus grande de repartir maintenant que je vis à Vancouver, les prix d’ici sont incroyablement bas, encore plus bas que ceux de Montréal qui apparaissent sur la page d’aubaines de Flytrippers.

Je vous partage ici une de mes plus belles mais troublantes expériences de voyage. L’enfer du volcan Kawah Ijen.

 

Ijen

Si vous écoutez un peu la télévision, vous avez probablement déjà vu un de ces reportages sur les mineurs de la mine de soufre du Kawah Ijen. Cet emploi est considéré comme un des pires du monde et je peux vous le confirmer sans l’ombre d’un doute.

Minerai de soufre – Kawah Ijen. Photo: Jérôme Hof

 

Il est minuit et demi et Jérôme et moi partons en moto dans la nuit torride vers le volcan le plus à l’est de Java pour un trek de nuit. Nous roulons sans trop voir où on l’on va, je tiens le GPS d’une main et je donne les indications à Jérôme. Plus on monte, plus l’air devient frais, voire froid.

On arrive alors au pied de la montagne, et on s’attaque à la deuxième partie de notre aventure, le trek! La pente est très à pic et elle est sans répit. La montée dure une heure et je suis contente de voir que le Mont Bromo – escaladé quelques jours plus tôt – m’a renforcé les jambes et le cardio!

On arrive en haut du cratère et un indonésien nous avise d’enfiler notre masque (un truc un peu rudimentaire mais qui filtre les vapeurs de soufre, plus que nécessaire dans le cratère lorsque le vent souffle dans notre direction comme c’était le cas à ce moment-là). Je comprends alors que nous débutons notre descente en «enfer».

Eloise avec un mineur du Kawah Ijen. Photo Jérôme Hof

 

La descente dans le cratère est un peu comme un changement de dimension. Le silence devient dense et chaque bruit se répercute contre les rochers. On ne voit rien, sauf ce qui se trouve dans le faisceau de notre lampe frontale. On commence à croiser des mineurs qui débutent leur journée de travail et on se cramponne à la paroi rocheuse pour leur libérer le passage. On ne voudrait surtout pas les gêner, leur fardeau semble incroyablement lourd. Puis ce sont les vapeurs de soufre qui réussissent à me faire oublier momentanément la présence des mineurs.

Mineur du Kawah Ijen avec son lourd fardeau. Photo Jerome Hof

 

Les faits

Faisons un peu de science 101! Une solfatare est un type de fumerolle chargée de soufre. Celle du volcan Kawah Ijen a été transformée en minerai et les travailleurs descendent à même le cratère actif pour en extraire le soufre. Ces vapeurs existent grâce au lac acide (un pH de 0,2!) situé au fond de ce même cratère qui s’écoule par les conduits naturels jusqu’à la chambre magmatique du volcan.

L’eau, au contact de l’extrême chaleur, se transforme en vapeur et remonte à la surface, chargée de différentes composantes chimiques. Les principaux gaz sont le dioxyde de soufre, le sulfure d’hydrogène (qui fait noircir les métaux dont l’argent et l’or – donc laissez vos bijoux à la maison!) ainsi que l’acide chlorhydrique (donnant au nuage une teinte jaunâtre). Tous ces gaz sont hautement toxiques et potentiellement mortels.

Les flammes bleues du Kawah Ijen. Photo Jerome Hof

 

Il va donc sans dire que l’air au fond du cratère est irrespirable. Un masque de fortune diminue peut-être l’intensité des odeurs mais quand le vent fait tourner le nuage dans ma direction, mes yeux brûlent et se mettent à couler et mes poumons ne trouvent plus d’oxygène. Le soufre est si intense que ça goûte dans ma bouche. Je vois au bout d’une conduite installée à même le volcan, s’écouler un liquide jaune foncé qui coagule une fois par terre. La lymphe de la terre… le soufre.

À côté, un mineur travaille avec son pic la matière durcie pour charger ses deux paniers faits à la main. Je l’entends se cracher les poumons. Il ne porte aucun masque et travaille en gougoune!

Les célèbres flammes bleues du Kawah Ijen. Un des seuls endroits au monde où l’on peut voir ce phénomène. Photo Jerome Hof.

 

Flammes bleues: aux frontières du réel

Puis j’aperçois les fameuses flammes bleues. LA raison pour laquelle j’ai tenu à faire une nuit blanche. Le Kawah Ijen est reconnu mondialement pour sa lave bleue. Détrompez-vous, il ne s’agit pas de lave mais bien de gaz sulfuriques se consumant à une température avoisinant les 360˚C lorsqu’il arrive à la surface. Il s’enflamme alors et brûle d’une couleur bleue électrique.

Jérôme s’approche de la fissure pour prendre ses photos et est alors happé par un nuage dense de gaz toxiques. Il doit fermer les yeux et attendre que le vent tourne, en gardant sa respiration. Dès que le nuage se dissipe, il se dirige vers moi, qui étais aussi prise dans le nuage, un peu en retrait des flammes. Les yeux larmoyants et la panique dans l’œil, Jérôme me fait comprendre que notre temps dans le fond du cratère est écoulé!

Les gaz du volcan se consument en prenant une couleur bleue vive. Photo Jerome Hof.

 

On se hisse plus en hauteur, toujours dans le cratère, mais loin des vapeurs et on attend que le jour se lève…

Quelques fois, en entend le grincement distinctif des paniers de soufre que les mineurs chargent sur leurs épaules, suspendus de part et d’autre par une tige de bois. Ils avancent à pas de souris et chaque foulée semble surhumaine. Mais malgré tout, parfois, on entend un chant monter du fond du cratère, puis d’autres mineurs entament l’hymne. Et le paysage lunaire retombe dans le silence, seulement rompu par des crachotements ou des râlements de souffrance. Quand les mineurs passent près de moi, je les observe, bouleversée.

Lever du jour au fond du cratère d’Ijen. Photo Jerome Hof.

 

Puis le jour se lève doucement et le lac acide s’expose enfin. Tout ce temps, il était là, et je l’ignorais! Bleu turquoise laiteux. Si beau et si dangereux!

Les flammes bleues s’estompent et laissent place au jaune. Le spectacle est magnifique et troublant à la fois.

Jérôme photographie Supnu, qui a 34 ans et travaille 7/7 depuis plusieurs années dans le cratère. Il commence sa journée de travail à minuit et la termine vers 10h. Il me dit aimer son travail pour l’argent que ça lui procure mais je suis incrédule. C’est impossible! On ne peut pas aimer travailler dans des conditions pareilles! Son salaire? Environ 5-7$ par trajet, soit 10-15$ par jour. Il a une charge de 75kg sur ses épaules cicatrisées et pèse seulement 55kg. Faire ce parcours sans aucun poids supplémentaire est déjà demandant physiquement, je ne peux pas concevoir le faire avec un tel fardeau.

Supnu, capté par mon copain Jérôme, avec ses 75kg de soufre sur les épaules…

 

Le mieux que je peux faire, c’est encourager les mineurs en leur donnant un peu d’argent pour les photos qu’on prend d’eux, ou même les sculptures de soufre que certains vendent pour arrondir leur journée.

Eloïse au creux du cratère actif du Kawah Ijen.

 

Une chose est sûre, c’est que la bonne humeur des Indonésiens est intarissable. Ils gardent le sourire et nous saluent gentiment quand nos regards se croisent. Quelle leçon d’humilité que de descendre au fond de ce cratère. Je suis encore troublée par cette expérience surréelle. Les volcans ne cesseront jamais de me surprendre!

Rien ne pourra faire perdre le sourire aux Indonésiens!

 

Sommaire

Le voyage pour moi, c’est avant tout des expériences qui me confrontent à mes conceptions de la vie, du bonheur, etc. Si vous allez faire un tour dans le cratère du Kawah Ijen, vous ne pourrez que repartir le cœur rempli et transformé à jamais…

 

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Photo de couverture: minerai de soufre à Kawah Ijen (crédit photo: Jérôme Hof)

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eloiseontheroad

Globe-trotteuse en quête de volcans, de rencontres enrichissantes et d'aventures dépaysantes, je suis une artiste qui adore sortir de sa zone de confort. Auteure-compositrice-interprète, animatrice, comédienne, doubleuse; je déteste la routine et mon but ultime est de voir le plus de cultures et d'endroits possible! Merci de me lire! Suivez-moi sur Instagram @eloiseontheroad ou lisez mes aventures ici: eloiseontheroad.blog

This Post Has 3 Comments

  1. J’ai fait le Kawa Ijen il y a 4 ans déjà. Malheureusement après un voyage débile en mini-bus de Yogyakarta en organisé, je n’avais plus l’énergie pour passer une nuit blanche afin de voir les lumières bleues. Vos photos sont magnifiques !

  2. Salut Patrick! Quelle magnifique aventure tu dois vivre avec ta famille! Comment as tu trouvé Batur? Je ne l’ai pas fait mais je connais plusieurs personnes que si, et selon ce que j’en comprends, le trek du Batur est beaucoup plus long. Ijen n’est pas si long (entre 1h et 1h30 pour l’ascension et peut-être 30-45 pour la descente dans le cratère) mais il est sacrément à pic. Des fois, je peinais à mettre un pied devant l’autre… Puis tu vois les mineurs qui passent avec leur chargement et tu te dis « pas le droit de te plaindre, Elo! »
    Je pense que si vous avez fait le Batur, vous n’aurez pas trop de mal sur le Ijen. Et c’est un fait, les volcans ne sont que très rarement des treks faciles, mais ils en valent toujours le coût!

  3. Bonjour!

    Merci pour ton récit! Nous sommes présentement à Amed et nous dirigeons dans 5 jours pour explorer le Ijen avec nos 4 ados!

    Notre 2e volcan après l’ascenssion Du mont Batur il y a 2 jours

    Est-ce que tu as fait les 2? Est-ce que Ijen est vraiment moins difficile que Batur pour l’assension?

    Merci!

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