Récit d’une randonnée vers le bus célèbre de «Into The Wild» en Alaska

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Durant plusieurs années, j’ai rêvé d’aller marcher sur les traces de Christopher McCandless, un homme courageux en quête de liberté. D’aller faire la randonnée célèbre vers l’autobus de «Into The Wild» en Alaska.

La préparation a été longue pour venir jusqu’ici : quelques messages sur des forums, quelques mois plus tard, je fais la rencontre d’Amotz. Un homme de 24 ans originaire d’Israël. Pilote pour l’armée ayant fait 5 ans de service, un pro lorsqu’il est question de randonnée. Un peu plus rassurée de ne pas être seule dans cette aventure.

Une pancarte, une destination, 2 aventuriers : nous voilà en chemin pour Healy.

 

Healy – arrivée dans la région (jeudi 7 avril)

Un vieil homme avec l’accent du sud nous amène à travers les montagnes tout en nous servant de guide touristique, il nous explique chacune des significations des noms que portent les rivières et les montagnes. Deux heures plus tard, nous débarquons du vieux Ford, au Totem Inn à Healy.

 

On décide de prendre le pouls de la ville, on marche à travers le bois, les collines pour découvrir un petit aéroport perdu au milieu des montagnes. Le décor est incroyable!

Les premiers conseils surgissent, on parle de la rivière, des ours et de notre code de conduite en randonnée. On profite de chaque instant de cette journée, on mange des biscuits, on prend des photos et on discute.

 

Ensuite, viens le temps où nous rencontrons nos hôtes Alex et Lauren. Deux êtres merveilleux, à eux seuls ils représentent exactement l’essence même du couchsurfing. Ils nous écoutent parler attentivement de notre aventure, avec une pointe d’inquiétude dans leur regard puis, à leur tour ils nous donnent leurs conseils. On se prépare, on divise nos vivres dans nos sacs, on va dormir. Une grande journée nous attend demain.

 

Stampede Road – vers l’autobus (vendredi 8 avril)

Un réveil brusque à 5 h, une nuit d’insomnie à s’imaginer les pires scénarios. Déjà prêts à partir, on monte à bord du Tacoma rouge de Lauren et elle nous apporte le plus loin qu’elle en est capable. Nous avons maintenant notre sac sur le dos, prêts à partir vers le bus. Le paysage est couvert par une fine couche de neige, les montagnes sont encerclées par la brume, c’est féérique!

Les heures passent, la brume se dissipe lentement, laissant place à un soleil magnifique, une température clémente nous accompagne. La première rivière apparait, on glisse nos doigts dans l’eau et le froid nous surprend. Je m’imagine mal mettre mes pieds plus que quelques secondes dans ses eaux! Un pont en glace nous facilite grandement la vie, on se sent plus forts que jamais.

 

Vers midi, on croise 3 aventuriers. Mon regard croise celui de cette fille, j’aperçois dans ses yeux un mélange de fierté, de fatigue et d’inquiétude, c’est terrifiant! Ils nous mettent en garde, non pas contre la rivière, mais contre le reste du chemin qu’on aura à faire.

– La glace, la glace, la glace.  — ils disent!

– Faites attention, vous aurez froid, vous aurez mal, c’est dangereux!

Moi et Amotz, on se regarde, on se dit qu’ils sont simplement peu expérimentés. Bonne nouvelle, la rivière sera facile à traverser du moins, plus que ce à quoi on s’attendait. Plus on approche de la rivière, plus le son des rapides se fait entendre. Le stresse augmente, un faux pas et vous pouvez vous ramasser à la morgue. On se prépare, on se motive! C’est avec mes souliers d’été sans bas que mes pieds plongent dans la rivière.

Le froid, ce froid. C’est intense, je n’avais jamais ressenti de l’eau aussi froide. Amotz me crie de l’autre bord de la rive, la marche à suivre. Il me dit de tenir bon, mais surtout de ne pas tomber. Face au courant avec mes souliers d’été j’avance tranquillement, une à une mes orteils cessent de répondre à mes ordres. Mes pieds sont engourdis, le stresse augmente, mes mains tremblent, j’ai peur! Le courant m’étourdit, je dois regarder droit devant pour ne pas tomber.

Je pense juste au chocolat chaud que j’aurai de l’autre côté. J’essaie de me dépêcher, je fais du mieux que je peux, j’arrive enfin sur la rive. J’enlève mon sac et Amotz m’aide à atteindre le rivage, je respire à nouveau. Je reste allongé sur la glace quelques secondes le temps de reprendre mes esprits. Enfin, le stresse laisse place à un sentiment de réussite, je l’ai fait, j’ai réussi! Le temps d’un chocolat chaud, nos pieds respirent. Vingt minutes plus tard, je peux à nouveau les sentir : la joie!

 

 

On reprend la route avec le soleil qui nous tient toujours compagnie et les montagnes à perte de vue. En prime, je sens la chaleur venir réchauffer ma peau. Je marche tout en souriant, je me rends compte de la chance que j’ai de pouvoir utiliser mes jambes pour avoir accès à des endroits d’une beauté exceptionnelle tels que ceux de l’Alaska. Comme un cheval de Troie, le soleil devient notre ennemi sans même qu’on s’en soit aperçu, il fait fondre la glace et la neige, ce qui rend la randonnée beaucoup plus dure à effectuer.

Bien vite, on se rend compte que les 3 aventuriers avaient raison. On se met à tomber dans l’eau. La glace vient couper notre peau, laissant les traces de son passage sur nos jambes. Plus on avance, plus on renfonce dans l’eau. Des talons, aux genoux, à la taille. La glace, le froid nous laissent un goût amer. Mes jambes commencent à me faire souffrir alors mes pas ralentissent, ma cadence se fait plus lente et je commence à voir de la déception dans son regard.

Amotz marche devant, je marche derrière, seul le son de mes clochettes pour m’accompagner. Pendant nos pauses, le silence pèse. Le mal m’envahit, je n’ai pas envie de lui parler, il n’en a pas envie non plus. Je me sens vite devenir un boulet pour lui, quelqu’un qu’on traîne par force. Je ne suis pas une athlète, je fais vraiment du mieux que je peux, je me mets la pression, il faut continuer et avancer, mais surtout ne t’arrête pas, je peux le faire, je le sais.

Il est rendu 17 h, mon moral descend de plus en plus, on tombe sans cesse dans la neige et mes jambes me font souffrir plus que jamais. Un arrêt s’impose. Nous sommes sur le flanc d’une montagne et à travers les arbustes, on a devant nous un paysage à couper le souffle.

 

Stampede Road – à l’autobus (vendredi 8 avril)

À ce moment, j’enlève mon sac, je me laisse tomber dans la neige et un flot de larmes émerge de mes yeux. Amotz sort son harmonica en silence sans aucun mot pour accompagner cet instant. Il commence à jouer, je ne peux plus m’arrêter de pleurer devant un tableau aussi magnifique. Je laisse le temps à mon esprit pour reprendre le dessus.

 

Je m’arme de tout le courage nécessaire et on continue. On marche, on marche, on marche.

Tout ce que je me répète et ce à quoi je pense, c’est la douleur, j’ai mal. Soudain, Amotz me dit: « Je crois qu’on devrait dormir ici et continuer le chemin demain. »

Je suis déçue, je voulais tellement arriver avant la nuit.

Je fais quelques pas de plus, et l’autobus se dresse devant moi. Je saute de joie, toute la douleur s’envole laissant place à un sentiment d’euphorie total. Je l’ai fait, moi! J’ai peine à croire que j’y suis, je suis là où j’ai rêvé pendant plusieurs années d’être. Je vis «Into The Wild»

Two years he walks the Earth. No phone, no pool, no pets, no cigarettes. Ultimate freedom. An extremist. An aesthetic voyager whose home is the road.

À l’intérieur du bus de «Into The Wild», des centaines de messages de liberté, de passion, de gens venus des 4 coins du monde pour accomplir ce pèlerinage. Un carnet est là, rempli de messages adressés à Chris. C’est désarçonnant de voir autant de gens qui, comme moi, se sont dépassés. Je me rends compte que c’est un lieu de pèlerinage pour tous. On passe tous par la même gamme d’émotions. C’est rassurant, on se sent moins seul et plus proche de tous les gens qui sont passés là avant nous.

Sur le lieu de l’autobus de «Into The Wild», on retrouve plusieurs articles de plein air. Les gens prennent soin de penser aux autres, ainsi, on y a retrouvé : sac de couchage, pâtes alimentaires, bombonne de réchaud et mitaines. Après le passage de Chris, les gens ont continué de venir y porter tout l’amour qu’ils possédaient; l’entraide est palpable, c’est indescriptible le sentiment qui m’habite au moment de visiter ce lieu mythique.

Nous prenons notre photo respective sur la chaise en face de l’autobus 142 : on est fiers. Un bon repas de riz qu’Amotz prépare nous attend. Je tente de reprendre des forces, mais la fatigue prend le dessus. Je tremble, ce n’est pas bon signe, la peur revient. On se met au chaud et l’on s’enroule dans nos sacs de couchage. Après 12 heures de marche, on s’endort sous le ciel étoilé de l’Alaska.

 

Stampede Road – retour de l’autobus (samedi 9 avril)

L’insomnie m’a encore gagnée cette nuit…Je ne peux pas m’empêcher de greloter. Je suis étendue dans le lit, j’admire les messages inscrits sur les murs du bus et j’ai peur. Mes jambes sont dans un état lamentable et nous avons devant nous 40 kilomètres à faire, dans quelques heures. « Comment vais-je faire ça? Comment vais-je y arriver? Où vais-je trouver la force? » Le réveille-matin m’extirpa de mes pensées.

Il est à présent 5 heures, une deuxième courte nuit de repos. Nous devons partir rapidement, car le soleil fait fondre la neige et ça deviendra un problème majeur. Après quelques bouchées de pain et de céréales, nous faisons nos adieux à Supertramp et «Into The Wild». Je prends le temps d’inscrire mon nom, suivi de la citation suivante : « L’importance de savoir tomber! La vie est une longue chute. Le plus important est de savoir tomber.»

 

La marche reprend de plus belle, mes jambes se réchauffent tranquillement au rythme de mes pas, mais la douleur reste toujours présente. Amotz me garde motivée, car à 11 h 30 nous devons être à la rivière, c’est notre objectif de la journée. Je profite de chaque pause pour me donner du courage, car chaque pas que nous faisons sur la glace est un calvaire. Les pieds mouillés depuis déjà plus de 12 heures, il reste encore beaucoup de chemin à faire, mais je reste concentrée, il le faut. Je sens le vent se frotter contre mon visage, j’entends les oiseaux chanter l’arrivée du printemps. D’un côté, le soleil qui brille et de l’autre, les nuages qui nous menacent.

De retour à la rivière, nous sommes dans les temps. Cette fois, on y va avec nos souliers. On prend moins de précautions, notre niveau de patience diminue d’heure en heure. Amotz y va, il traverse et il réussit. À mon tour, je me répète « Tu l’as fait, tu peux le refaire. Tu es capable. Ne tombe pas! » Mais la douleur et le stress restent les mêmes. Dans ma tête, tout va très vite : « Pourquoi suis-je ici? Dans quel bordel me suis-je embarqué? J’ai peur, je ne veux pas me noyer! »

J’atteins la rive au bout d’une dizaine de minutes. On se fait un chocolat chaud et là, Amotz engage la discussion; typiquement un homme silencieux. Je sais que tous ces silences sont seulement un blocage dû à notre différence de langue. Il semble contrarié, comme si quelque chose le dérangeait : ma douleur le dérange, il se sent mal pour moi. Je le rassure, on va y arriver, on n’a pas d’autre choix! On repart, on essaie de ne pas trop s’arrêter. Plus les heures passent, plus je me rends compte de la persévérance dont je fais preuve.

Cette randonnée de «Into The Wild» n’était pas seulement pour aller prendre ma photo à l’autobus, non! Pour moi, ce fut un pèlerinage. Un moyen d’en apprendre plus sur moi, d’apprendre à pardonner mes erreurs du passé et en apprendre plus sur mes capacités. J’étais complètement perdue dans mes pensées, lorsqu’Amotz s’arrêta et me dit : « Si je me souviens bien, on monte cette côte, le stationnement devrait être là et il nous restera seulement 1 heure pour atteindre le réseau cellulaire ».

Je suis remplie d’excitation : ce soir, je vais pouvoir dormir dans un lit, prendre une douche! L’énergie qui me manquait venait tout juste de se pointer le bout du nez. C’était la bonne nouvelle dont j’avais besoin pour continuer. J’atteins le haut de la colline et j’aperçois Amotz qui parle avec un homme. Une femme dans la trentaine, avec dans ses mains un magnifique bébé de 3 mois, s’approche de moi et elle me dit : « Auriez-vous besoin qu’on vous dépose quelque part? »

À ce moment, des larmes se mettent doucement à couler sur mes joues. Elle me regarde, elle plonge son regard dans le mien, puis le silence…Elle comprend, puis me sourit : « Alors, vous l’avez fait, vous êtes allée voir Chris comme dans «Into The Wild». Je reste sans mot, je suis bouche bée et mon sourire parle de lui-même. Je reprends mon souffle : « Oui, j’ai réussi! Moi, Roxanne Regimbald, je l’ai fait! J’ai marché 80 kilomètres.»

C’est dans un camion Chevrolet que mon aventure «Into The Wild» se termina. Je regardais les montagnes défiler par la fenêtre et un sentiment d’accomplissement est venu m’envelopper, laissant la douleur dernière. Les larmes laissèrent place à un sourire. Cette nuit-là, le sommeil est venu me chercher en un claquement de doigts, je m’endormis la tête pleine de souvenirs.

« Face à la roche, le ruisseau l’emporte toujours, non pas par la force, mais par la persévérance.»

 

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Sommaire

La randonnée vers le bus de «Into The Wild» a été toute une aventure mémorable.

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Photo de couverture: devant le bus 142 (crédit photo: Roxanne, blogueuse-invitée)

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Roxanne

Roxanne Regimbald, 25 ans. Passionnée de photographie, de culture, plein air et de littérature, une jeune femme énergique, mais surtout ambitieuse. J'ai passé 4 ans aussi à visiter les régions éloignées du Canada au-dessus du cercle arctique, à faire plus de 13 000km en l'auto-stop aux États-Unis et plus de 1000km à vélo.

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